"L'ange noir"

"L'ange noir"
L'ange noir

[size=12px][font=Cursive]"- Pourquoi cries-tu, pleures-tu, ô bel ange noir ?
Pourquoi les larmes coulent-elles de tes yeux ?
Ton âme est aussiche qu'un vieux grimoire.
Désespoir, plus sombre que les abysses bleu.

- J'ai tout perdu. Ceux que j'aimais et ma vie.
Le
chagrin oppresse monur de jour en jour,
L
'angoisse de ne plus revoir aucun ami.
sormais, les vivants m'oublieront pour toujours.

- Ne sois
plus triste, bel ange noir. Je suis là.
Mes mot
s guériront tes profondes blessures.
Mon amour
t'aidera à faire tes premiers pas
S
ur un sentier, loin de tes propres injures.

- T
a bonté me touche. Et toi seul peut m'aider :
L
es humains sont sourds à mes supplications,
Et
les milliards d'anges n'ont pas de pitié.
Sauf
toi, qui écouta la voie de la raison.

- N
on, bel ange noir. Pas la raison, mais mon c½ur.
Je s
erais le mortel qui vole à ton secours,
C
elui qui ne connaît ni haine, ni ranc½ur.
Je ferais de toi la déesse de l'amour !

- Mais... Pauvre petit ange si attentionné.
Ig
nores-tu encor que tu n'es plus vivant ?
Sinon
, comment croyais-tu pouvoir me parler ?
Mais reste. Ne me laisse pas à mes tourments.

- N
on, bel ange noir. Pas besoin de me prier.
Je
ne t'abandonnerai pas à tes remords.
Seulement... j'ai froid, et mon c½ur semble gelé.
Est-ce vrai alors ? Suis-je réellement mort ?

- Oui, bel ange blanc. Mais s'il te plaît, sois heureux.
Pa
rlons encore, cela nous fera du bien.
Ne pleure pas. Je t'en prie, sois un bienheureux.
No
n, ne pars pas. Ne me laisse pas ! Reviens !"

Mathieu Godéas
# Posté le vendredi 21 décembre 2007 17:59
Modifié le dimanche 23 décembre 2007 04:26

"J'ai vu"

"J'ai vu"
J'ai vu...
Non. Non ! Je ne veux plus voir ce monde, je veux le quitter. Il me fait peur. Réveille-toi !
C'est arrivé.
Je marche dans les ruelles ténébreuses de Toulouse, ravagées par le souffle de la bombe. Tout est mort, tout est sale, tout est noir.
Je marche. Aucun bruit.
Toulouse, ville en ruine, ville morte, morceau de charbon calciné.
Personne. Je suis le seul survivant. Non. Je n'existe pas dans ce monde. Je vis ici mais pas maintenant. Pourtant je suis triste, car personne n'y pourra rien. Ça arrivera. Et moi, je suis le témoin impuissant.

Le ciel est si sombre, les nuages obscurs ; simple reflet de l'âme humaine.
Le jour est plus noir que la nuit. Le jour n'existe plus.
Je marche sur un sol chaotique, délabré. Quelques pavés ont été arrachés de la chaussée comme des dents qui auraient pourries. La venelle édentée me sourit ingénument, rictus plus macabre que celui d'un squelette. Mon regard monte vers les hauts murs des demeures toulousaines. Des pans entiers sont absents, les couleurs d'autrefois sont révolues : résident seulement de longues traînées fuligineuses, les larmes sordides des immeubles démolis.
J'aimerais ne plus voir cet affreux décor, mais je ne peux pas. Je dois suivre la voie.

Le ciel gronde. Il pleut. De l'eau et de la suie. Je ne suis pas mouillé puisque mon corps est recouvert d'un brillant halo qui ne laisse rien passer.
La pluie diluvienne s'abat lourdement au sol, s'écrase, se fractionne en myriades de gouttelettes crasseuses. Gouttes épaisses, impures qui s'assemblent en flaques grises, qui forment des baïnes dangereuses dans les dénivellations du sol craquelé. Mais dangereuses pour qui ?
La pluie rampe jusqu'aux caniveaux et coule en marée noire dans les égouts inondés.
Je me met à pleurer mais ne je ne m'arrête pas de marcher.

L'astre diurne est occulté par la voûte céleste, elle même recouverte d'un plafond nuageux bourbeux, noir. Même la lune ne vient plus déposer ses baisers glacés sur cette ville fantôme. Seulement cette ville ou le pays tout entier ? Ou le monde ?
Ici, il n'y a personne. Sauf moi, qui ne suis pas.
Même les rats n'ont pas survécu à cette guerre nucléo-bactériologique. Ils avaient pourtant senti le danger, s'étaient réfugiés sous terre. Ils n'avaient alerté personne, laissant chaque être vivant livré à soi même. Il n'y a que les rats pour agir ainsi ! Mais même dans leurs abris ils sont morts. Peut-être plus atrocement que les Hommes en surface. Peut-être pas...

Une odeur pestilentielle s'insinue dans mes narines. Mon halo luminescent n'arrive pas à la repousser. C'est une odeur de mort, une odeur puante, fétide.
Je tourne à l'angle d'une rue et découvre un tableau de fin du monde, de désolation, de décrépitude totale.
Je ne peux même pas crier, même pas m'arrêter, même pas fermer les yeux. Il faut que je marche pour voir et il faut que je vois pour dire aux autres.
Des centaines de cadavres jonchent le sol. L'odeur est atroce ! Je peux voir les regards vides et effrayés des hommes, des femmes et des enfants. Leurs yeux révulsés, leur tête chauve, leurs dents qui sont tombées, leur langue boursouflée, leur lèvres déchirées, plus une bouche mais une cicatrice ouverte. Depuis combien de temps sont-ils la en train de pourrir ?
Ils n'ont plus de vêtements, sont nus comme des vers. Ce sont des vers. La peau s'est rétrécie sur leur corps inerte et recroquevillé. Les tendons visibles à l'½il nu ressemblent à des cordes trop tendues.
Leur ventre a explosé de l'intérieur. Les organes avaient subitement triplé de volume et la peau n'avait pas résisté à l'éclatement. Je le sais.
Les viscères sortent en bouquet sanguinolent de leur abdomen déchiqueté et s'étalent sur les pavés. Entrailles, poumons, cage thoracique, délivrés de leur prison charnelle... mais aucune mouche pour festoyer, aucun corbeau pour célébrer l'Anéantissement.
Plus loin, un tramway renversé sur le côté. Une partie des rails a été arrachée du sol, s'élève et se recourbe dans les airs comme les défenses d'un éléphant, animal préhistorique d'une ère à présent révolue.

La pluie, grasse, lourde, poisseuse, n'arrive pas à laver cette saleté. A quelles sortes de massacres se sont adonnés les hommes ? Comment peut-on arriver à un tel résultat ?
L'horreur est là, présente ici mais plus tard.
J'assiste aux lendemains de l'Apocalypse, une fin indéniable et imminente, sans aucun avenir.
Non, il reste encore moi.
Je peux voir les collines calcinées au loin, aucun immeuble n'est assez élevé pour m'en empêcher.
A droite, une sombre ruelle obstruée par une montagne de décombres : des morceaux de façades brûlées, des poutres noircies, des tuiles éclatées, une infinité de débris de verres, recouverts de poussières, de cendre et de suie.
La pluie cesse de tomber. Silence total.

Mon corps est aspiré dans une autre dimension. C'est la fin de mon calvaire, de ce voyage en Enfer.
Mon regard emporte une dernière image de ce monde détruit à jamais : milliers de cadavres en décomposition dispersés dans les rues de Toulouse, habitations rasées, fracturées, noires, sales. Toutes les vitres explosées, toutes les rues crevassées. Ciel charbonneux au dessus d'une ville noire, abysse d'un océan inconnu et oublié pour toujours...

« - Ça y est. Il revient à lui. »
Ça y est. Je suis revenu à moi.
Explique leur. Explique leur que le monde va s'effondrer si les gens continuent de vivre de la même façon. Décris ce qu'ont vus tes yeux, ce qu'a respiré ton nez, ce qu'a ressenti ton c½ur.
« - Nous devrions le ramener à l'intérieur. Il a encore fait une crise.
- Bom-bom-booom... »
Arrêtez de me regarder comme ça. Ce n'est pas parce que je suis autiste que je suis débile ! Comprenez- moi ou nous courrons à notre perte !
« - Bonbon ? Il veut un bonbon notre gentil Philipe? Il en aura un s'il veut rentrer à l'intérieur de l'établissement. Et il va le faire, n'est-ce pas ? Philipe est gentil. »
Ne me parlez pas comme un abruti ! Les hommes vont tout faire exploser, les hommes vont...
« - Bombe ! Bombe ! Mort ! »
Ça y est. Les mots sont sortis.
« - Appelle les infirmiers. Dis leur de prendre des calmants. Il va avoir une nouvelle crise. »
Non, pas les infirmiers, pas les calmants !
« - Annette, tiens lui le bras pendant que je lui fais la piqûre. »
Non pas la piqûre, pas la... piqûre... pas la...

Dorénavant, il est trop tard.
Tant pis pour vous si vous ne voulez pas entendre. Mais moi, je préfère m'enfuir. Revoir mes immenses collines verdoyante, mon grand ciel bleu, mon eau si fraîche, si claire et limpide. Je vais revoir ma maison en rondins de bois, je vais courir dans les prés infinis, cueillir les fleurs multicolores, imaginaires. Vivre comme je l'entends !
Mourrez donc dans la peur et la souffrance. Ne vous occupez plus de moi, mais implorez Justice si elle existe. Je m'isole. Je reste dans mon monde, dans ma tête. Un monde meilleur, gouverné par mon esprit. Meilleur que votre Terre dirigée par les anges de la Désolation.
Désormais, je reste ici, chez moi.

Mathieu Godéas

# Posté le vendredi 21 décembre 2007 17:07